La perception de la parole : une faculté complexe

Je vous invite à découvrir les articles de vulgarisation scientifique du laboratoire canadien Speechneurolab, Laboratoire des neurosciences de la parole et de l’audition. On y (re)découvre que la perception de la parole est le fruit d’un traitement multimodal et ne repose pas uniquement sur des représentations dites auditives (phonologiques). Voici un extrait d’un article, particulièrement intéressant pour nous, mais je vous invite à le lire intégralement :

« Notre cerveau utilise donc des catégories ayant chacune des propriétés distinctes ; mais quelle est la nature fondamentale de ces catégories? La plus petite unité de représentation linguistique est le phonème. Le phonème est un son du langage (une voyelle ou une consonne) possédant des propriétés uniques. Ces propriétés, aussi appelées traits phonologiques ou traits distinctifs, reflètent la façon dont nous positionnons les organes et les muscles de la bouche et des cordes vocales. Cette capacité ressemble à celle d’un instrument de musique, qui peut produire différents sons en changeant la configuration des doigts. Par exemple, les mots cas (/ka/) et ta (/ta/) se distinguent par les phonèmes /k/ ou /t/, qui eux se distinguent par le lieu d’articulation, c’est-à-dire le lieu où la langue est placée dans la bouche. […] Notre perception des phonèmes est meilleure pour les sons des langues que nous connaissons!

Des études suggèrent que la perception de la parole ne repose pas uniquement sur ces représentations dites auditives (phonologiques). En effet, pour soutenir le processus de perception de la parole, notre cerveau fait appel à d’autres représentations linguistiques (p. ex. les morphèmes, les mots), les représentations visuelles (le mouvement des lèvres) et les représentations articulatoires (la position des muscles et articulateurs dans la bouche nous permettant de produire des sons de parole). Par exemple, l’effet McGurk, que nous avons abordé dans une autre publication, révèle que notre cerveau utilise la lecture labiale (le mouvement des lèvres) pour percevoir la parole, bien que nous n’en soyons souvent pas conscients (cliquez ici pour tenter l’expérience) : en effet, il est plus facile de percevoir la parole lorsqu’elle est à la fois auditive et visuelle. »

La suite, ci-dessous :

Je vous invite aussi à découvrir la vidéo suivante qui nous présente une animation visant à démystifier les étapes de la perception d’un mot. Ce processus complexe est l’un des piliers de la communication humaine, et il est au cœur des travaux de ce laboratoire :


Notre capacité à suivre une conversation dans un milieu bruyant est appelée « l’effet cocktail ». Elle repose sur plusieurs mécanismes, incluant l’utilisation de l’information visuelle comme complément à l’information auditive, le calcul des statistiques d’utilisation des unités linguistiques, les capacités attentionnelles, la connaissance de l’interlocuteur et de ses particularités langagières, et est notamment influencée par la provenance des sons dans l’environnement. Je vous invite à découvrir cet article sur l’effet cocktail :


Enfin, pour terminer je vous invite aussi à lire leur article sur l’effet Mc Gurk dont nous avons parlé à plusieurs reprises sur ce site. En voici un extrait très intéressant qui fait le lien entre perception de la parole et aires motrices du langage :

« Les aires motrices -celles qui contrôlent nos mouvements- telles le cortex moteur primaire ou l’aire motrice supplémentaire, seraient également impliquées dans l’intégration audiovisuelle lors de la perception de la parole (Erickson et coll., 2014a, Skipper et coll., 2007; voir figure 2). Par exemple, une étude a observé que la TMS appliquée sur la région du cortex moteur qui contrôle les lèvres, diminuait la probabilité que l’illusion se produise lorsque l’information auditive et visuelle était discordante (Murakami et coll., 2018). Cette étude, et d’autres similaires (p. ex. Sato et al., 2009Tremblay & Small, 2011 – voir aussi le chapitre de livre de McGettigan & Tremblay, 2017), suggèrent que des régions du cerveau servant à produire la parole sont aussi utilisées pour percevoir la parole, bien que leur rôle spécifique dans l’intégration audiovisuelle demeure inconnu. »


Nous retiendrons donc, en lien avec notre domaine d’intérêt, que la perception de la parole est le fruit d’un traitement multimodal et ne repose pas uniquement sur des représentations dites auditives (phonologiques). Pour soutenir le processus de perception de la parole, notre cerveau fait appel à des représentations visuelles (le mouvement des lèvres), des représentations articulatoires (la position des muscles et articulateurs dans la bouche nous permettant de produire des sons de parole), des régions du cerveau servant à produire la parole. Notre capacité à suivre une conversation dans un milieu bruyant repose sur plusieurs mécanismes, incluant l’utilisation de l’information visuelle comme complément à l’information auditive, et est notamment influencée par la provenance des sons dans l’environnement (or c’est la proprioception qui nous permet de situer un son dans notre environnement).


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