Proprioception et contrôle des mouvements

Rôle de la proprioception dans le contrôle des mouvements, son lien avec la dyspraxie.

La proprioception est le sens qui nous permet de nous percevoir nous-même sans avoir recours à la vision. Grâce à elle, nous avons conscience de notre propre corps, nous pouvons nous l’approprier, nous sentir évoluer dans l’espace. Une dysfonction proprioceptive peut aboutir à un diagnostic de dyspraxie.

I-Proprioception consciente et schéma corporel

Le couple Perception/Action

La proprioception, grâce à ses millions de capteurs sensoriels ressemblant à de petits ressorts situés dans tous nos muscles, renseigne le cerveau (le cortex somesthésique primaire) sur leur état de tension (le tonus musculaire). Le cerveau a ainsi conscience de la position des différentes parties de notre corps les unes par rapport aux autres, de la manière dont elles bougent, et peut réaliser des mouvements volontaires. C’est la proprioception consciente qui est à la base de notre « schéma corporel », la représentation que chacun se fait de son corps, sa forme, son volume, de la place qu’il occupe dans l’espace (carte de notre corps en 3D). Cette voie de la proprioception consciente est utilisée quand nous préparons ou réalisons un geste en y pensant. Mais cette information proprioceptive est relativement lente en raison du temps de conduction le long des neurones pour arriver jusqu’au cerveau. Elle ne peut suffire pour un contrôle rapide des mouvements volontaires et leur automatisation. En pratique, la voie inconsciente est beaucoup plus utilisée.

II-Proprioception inconsciente et copie d’efference

Cerveau et cervelet

Pour contrôler notre posture, pour coordonner ou ajuster rapidement nos mouvements automatiques (faire du vélo, écrire, conduire, coordonner nos yeux pour lire, etc.), nous disposons d’ un autre moyen que l’on appelle « la copie d’efférence ». Chaque fois que le cerveau (cortex moteur) donne un ordre de contraction aux muscles, il envoie en parallèle au cervelet une copie de cette commande motrice contenant une prédiction de ses conséquences sensorielles, notamment proprioceptives et visuelles. Le cervelet, qui peut être comparé à la tour de contrôle de notre cerveau, vérifie constamment si les informations proprioceptives et visuelles qu’il reçoit sont les mêmes que celles qu’il attendait. Cette information proprioceptive très rapide n’arrive pas jusqu’au cerveau et demeure sous le seuil de la conscience, c’est pourquoi on l’appelle la proprioception inconsciente (elle représente 95% de la proprioception). Elle est nécessaire chaque fois que nous réalisons des gestes automatiques en pensant à autre chose.

Le modèle de la copie d’efférence

III-Proprioception et automatisation

Si les informations proprioceptives et visuelles ne sont pas celles attendues par le cervelet, le retour proprioceptif est analysé plus finement, ce qui permet de corriger les éventuelles erreurs. En conséquence, la proprioception est utilisée essentiellement en cas d’erreur lors de la réalisation d’un geste, ou lors de l’apprentissage d’un geste nouveau, on dit que la proprioception est un correcteur d’erreur.

Au fur et à mesure que le geste est appris, les erreurs de réalisation sont de moins en moins nombreuses, car des modèles moteurs internes du geste (des « schémas » de nos mouvements) sont créés progressivement dans le cerveau, grâce à la mise en place de circuits neuronaux spécifiques. Ils seront directement activés lorsque le geste sera à nouveau réalisé, aboutissant à un gain de rapidité et d’efficacité. Ainsi, quand il y a cohérence entre les informations proprioceptives attendues et celles qui reviennent vraiment, le geste peut-être automatisé sous l’effet d’un entraînement et réalisé sans y prêter attention et sans recourir à la vision.

Cette vidéo, très simplifiée, explique de manière imagée ce mécanisme :

IV-PROPRIOCEPTION ET DYSPRAXIE

Le rôle de la proprioception est donc d’autant plus important que le sujet est en phase d’apprentissage, comme c’est le cas chez l’enfant. Si la proprioception donne des informations erronées, la construction du schéma corporel est biaisée, les modèles internes du geste ne se mettent pas en place correctement. L’enfant coordonne difficilement ses gestes qui restent maladroits comme s’ils étaient réalisés pour la première fois. Ces difficultés peuvent aboutir à un diagnostic de dyspraxie (ou troubles de l’acquisition de la coordination).

V-Conclusion

Une proprioception bien calibrée nous permet d’écrire lisiblementde faire du vélo, de faire nos lacets, de danser, de conduire, de lire, d’être performant lors d’une activité physique, de jouer d’un instrument de musique, etc. Sans elle, la vie telle que nous la connaissons serait impossible. Malheureusement, lorsqu’elle donne des informations erronées, cela peut avoir un impact très délétère sur le développement de l’enfant.


Afin de visualiser ce qui se passe lors de la commande motrice, je vous invite à visionner cette vidéo du Blob, l’extra média conçu par la Cité des sciences et de l’industrie et le Palais de la découverte. Cette vidéo ne s’intéresse malheureusement qu’à la commande motrice, la partie en rouge de mon schéma, et n’évoque donc pas la proprioception. Mais elle est très bien faite, je vous invite donc à la visionner (en espérant qu’ils fassent un jour une vidéo sur la proprioception de cette qualité, je leur ai fait remarquer leur oubli regrettable dans les commentaires).

Je vous invite aussi à regarder cette vidéo qui nous permet de visualiser le muscle strié lors de sa contraction, la proprioception est encore occultée, seule la réponse à la commande motrice est abordée.


Lire aussi : Proprioception, perception et chatouilles 


Sources de l’article :

Livre :

Le bonheur retrouvé d’une enfant dyslexique, Dr Patrick Quercia

Web :

Le cortex moteur , site Le cerveau à tous les niveaux

Les voies de la proprioception consciente, site Les Neurobranchés

Les voies de la proprioception inconsciente, site Les Neurobranchés

Le modèle de copies d’efférence, thèse univ-lyon2

Flexibilité du contrôle moteur dans les mouvements complexes dirigés, thèse Lilian Fautrelle,  CAPS – Cognition, Action, et Plasticité Sensorimotrice [Dijon – U1093]

Système somatosensoriel (somesthésie) Proprioception : vue d’ensemble, site vetopsy.fr

Comment se construisent les représentations mentales de notre corps ? The Conversation, Christine Assaiante, Directrice de recherches au CNRS, Aix-Marseille Université (AMU)

« Comment le cerveau construit sa réalité », Pour la Science, György Buzsáki, chercheur en neurosciences à l’université de New York. 

Le geste et l’action  Mission Inserm Associations (Mission Associations de l’Inserm, dir.); Mazeau, Michèle; Laporte, Pierre. Séminaire Ketty Schwartz 2013 : La recherche clinique en pédiatrie. Rapport. Paris : Inserm, 2013, 95 p.

Le système nerveux somatosensoriel, site Introduction aux neurosciences cognitives, université de Rouen