Proprioception, perception et chatouilles 

Nous avons vu dans un article précédent comment le cerveau utilise la copie d’efférence, c’est à dire la prédiction des conséquences sensorielles de l’action qu’il commande (notamment proprioceptives), pour automatiser nos mouvements et permettre que ceux-ci soient réalisés de manière inconsciente. En effet, le cerveau compare en permanence ses prédictions à la « réalité » telle que rapportée par ses sens. J’ai donc trouvé intéressant cet article de Sciences et Avenir qui explique que s’auto-chatouiller relève du même mécanisme :

S’auto-chatouiller en se faisant guili-guili sous les bras laisse la plupart d’entre nous de marbre… et heureusement ! Car cette absence de réaction participe paradoxalement de l’aptitude à la survie : distinguer les sensations tactiles qui sont le produit de nos propres actions et celles venant de l’extérieur est primordial.

« Réagir rapidement à une attaque ou une menace »

Comme l’explique le psychologue Gilles Lafargue, du laboratoire Cognition santé société à l’Université de Reims : « Ce mécanisme, fruit de l’évolution biologique, permet de réagir rapidement à une attaque ou une menace et d’augmenter ainsi les chances de survie. Mais il fait aussi partie d’un phénomène global de conscience de soi : je suis celle, ou celui, qui a causé ou engendré telle ou telle action. »

Pour initier un mouvement, notre cortex moteur envoie des commandes aux muscles afin qu’ils se contractent. Dans le même temps, notre cerveau prédit les conséquences sensorielles de ce geste. Si action et prédictions concordent, la perception est atténuée. En revanche, si l’acte ne correspond pas à la prédiction, quant au délai, à la force appliquée ou à la zone chatouillée, l’effet sensoriel est maximal. D’autant plus si le sujet ne s’y attend pas ! L’état d’alerte est alors aussitôt déclenché.

Pour lire la suite : Chatouilles, à deux c’est mieux !


Cela rejoint les explications du Dr Quercia dans son livre « Le bonheur retrouvé d’une enfant dyslexique » sur le rôle de la proprioception dans la perception :

Quand il produit une action motrice, le cerveau génère un ordre d’affecter le mouvement, mais aussi une prédiction sur les modifications sensorielles (visuelles, auditives, tactiles …et proprioceptives) qui vont apparaître à cause de ce même mouvement. La perception, caractérisée par le fait que les informations sensorielles parviennent à la conscience, se « réveille » à partir du moment où les prévisions sensorielles ne sont pas au rendez-vous. Prenons un exemple concret. Il va illustrer cette idée fondamentale que la proprioception, au travers du mouvement, est bien une des clés de la perception. Imaginez que vous tendez la main pour attraper un crayon alors que vous êtes en train de travailler à votre bureau. Ce geste, vous l’avez fait 100 fois et ce, avec d’autant plus de facilité que vous posez ce stylo toujours strictement au même endroit, avec une précision de vieux maniaque. Il ne vous est même pas nécessaire de lever les yeux du texte que vous êtes en train lire. Vous avez en effet dans votre cerveau un circuit moteur spécifique au geste nécessaire, circuit forgé par l’expérience répétée du mouvement à réaliser. Vous savez donc très bien coordonner les muscles qui vont vous permettre d’attraper cet instrument. Si tout se passe bien, votre mouvement sera automatisé, les sensations proprioceptives mais aussi extérieures ne vous réserveront aucune surprise et resteront à un niveau de conscience très bas. Il n’y aura pas de perception liée à ce geste. Cela vous permet de garder l’esprit concentré sur le document que vous étiez en train de lire. Imaginez maintenant que votre coquine de petite fille se soit amusée à remplacer le stylo par un sucre d’orge de la même taille et bien collant. La sensation tactile n’est pas celle attendue au moment où vous attrapez ce que vous pensez être un crayon. Elle va passer le filtre sensoriel développé par votre cerveau pour éviter d’être constamment envahi d’informations qui ne lui servent à rien. Elle va parvenir à un niveau de conscience élevé : il y a perception. La perception résulte ainsi de différences environnementales (ou internes) entre ce qui se passe au niveau des entrées sensorielles et la prédiction sensorielle faite lors de l’initiation d’un mouvement.
Vous le comprenez : la proprioception est toujours à l’affût et sous-jacente à toute capture sensorielle.


Sources :


Crédit : Photo by Gabe Pierce on Unsplash

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