Dyslexie et cognition incarnée / Dr Patrick Quercia

A l’approche du bicentenaire de la naissance du savant bourguignon Etienne-Jules Marey (1830-1904), l’UFR STAPS de l’université de Bourgogne, en lien avec le laboratoire INSERM Cognition, Action et Plasticité Sensorimotrice (U1093), a organisé un colloque scientifique et pluridisciplinaire « Explorer le mouvement », du lundi 7 au mercredi 9 juillet 2025 à Dijon. Ce colloque avait pour ambition de continuer à explorer et à mettre en évidence l’intérêt scientifique et la modernité d’une œuvre qui n’en finit pas de livrer ses secrets. Parmi les orateurs de ce congrès figurait le Dr Patrick Quercia, chercheur associé dans cette unité INSERM, qui y explore la relation entre proprioception et dyslexie depuis une vingtaine d’années. Je vous propose de découvrir le résumé de son intervention figurant dans les actes de ce colloque.

Colloque scientifique pluridisciplinaire – « Explorer le mouvement »

Dyslexie & Cognition Incarnée

Dr Patrick Quercia, IFAB Bordeaux 2023


Patrick Quercia, Université Bourgogne Europe, Inserm, CAPS UMR 1093, 21000 Dijon, France

L’approche cognitiviste de la dyslexie attribue cette difficulté durable de l’apprentissage de la lecture à un trouble neurodéveloppemental d’origine génétique altérant la conscience phonologique (aptitude à percevoir et manipuler les sons).

La prise en compte des relations entre cognition, action et plasticité sensorimotrice permet de développer une conception différente à partir de plusieurs résultats :

(1)- Les enfants dyslexiques présentent des déficits proprioceptifs généralisés, notamment au niveau du coude et de la hanche, corrélés à leurs performances en lecture et leurs capacités phonologiques. Leur instabilité posturale accrue, exacerbée sous charge cognitive, est associée à une dépendance visuelle et une altération de l’intégration proprioceptive. Cependant, un protocole combinant prismes, semelles et exercices posturaux améliore durablement leur stabilité et leurs capacités attentionnelles.

(2)- Une altération de la fonction diaphragmatique secondaire à leur posture particulière entraîne des troubles du sommeil (SARVAS) affectant la neurogenèse dans la petite enfance et la plasticité cérébrale pendant toute la vie, pouvant expliquer le cerveau « singulier » des enfants dyslexiques visible en IRMf. Une prise en charge proprioceptive améliore la qualité du sommeil, la flexibilité attentionnelle et les performances en lecture, soulignant l’interconnexion entre respiration, sommeil paradoxal et consolidation des apprentissages.

(3)- L’imagerie motrice est altérée chez les adolescents dyslexiques. Cette altération est corrélée aux difficultés phonologiques.

(4)- Un biais spatial droit et une sous-représentation de l’espace gauche distinguent les enfants dyslexiques des enfants normolecteurs.

(5)- La présence constante d’une hétérophorie verticale labile suggère un déséquilibre des muscles obliques modulable par des stimulations proprioceptives calibrées dont le protocole de prescription est bien validé. L’analyse des mouvements de l’iris révèle un décalage entre localisation spatiale subjective et objective, indiquant un dysfonctionnement central de la localisation spatiale visuelle dont on sait qu’elle dépend des informations proprioceptives oculaires ou générales.

(6)- L’intégration multisensorielle est fortement perturbée, avec des pertes transitoires de perception visuelle sous stimulation auditive ou proprioceptive.

L’ensemble des résultats suggèrent que la dyslexie dépasse le déficit phonologique et implique un trouble proprioceptif global influençant éveil et sommeil, altérant la neurogenèse et la plasticité cérébrale. La dyslexie apparaît ainsi comme un symptôme parmi d’autres troubles sensorimoteurs et cognitifs. Un questionnaire diagnostique basé sur les troubles posturaux, spatiaux et perceptifs le jour et sur la qualité du sommeil a été mis au point, offrant un outil de détection précoce efficace. Une étude contrôlée a confirmé l’efficacité d’une intervention proprioceptive sur la lecture et les mouvements oculaires et le sommeil.

Cette approche appelle à une redéfinition de la dyslexie et à une réévaluation des méthodes diagnostiques et thérapeutiques, intégrant la sensorimotricité et particulièrement la proprioception pour une meilleure compréhension et une prise en charge optimale.


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