Améliorer la représentation du corps pour favoriser les apprentissages scolaires

J’ai eu beaucoup de plaisir à vous parler la semaine dernière du livre de Lucy Vincent, neurobiologiste, dans mon article « Notre corps construit notre cerveau« . Depuis, j’ai découvert un intéressant programme de recherche qui est en cours à Lyon, EnCor, sous la direction d’ Alice Gomez, protocole qui s’inscrit aussi dans cet esprit. En effet, il entre dans le cadre du courant des neurosciences de la cognition incarnée (un esprit dans un corps), comme les travaux de notre partenaire l’U1093 INSERM CAPS.

Des chercheuses lyonnaises testent un programme destiné aux enfants de maternelle qui vise à affiner la représentation qu’ils ont de leur corps. Son objectif est d’améliorer non seulement leur motricité mais aussi leurs compétences académiques.

Je vous invite à découvrir sur le site Cortex-Mag les détails de ce programme de recherche. Je trouve cet article et ce programme de recherche très intéressants, car ils reprennent de nombreux points que nous avons abordés sur le fil d’actualité de ce blog.

Ainsi, nous y redécouvrons qu’avoir une bonne représentation de notre corps est une construction mentale de ses différentes parties, de leur position dans l’espace et de l’image que nous percevons de nous-même. Ce schéma corporel s’élabore dès la naissance à partir des informations sensorielles issues de nos diverses expériences, notamment équilibre, audition, vision, proprioception  et  somesthésie (ensemble de sensations – pression, température, texture, douleur – provenant de la peau, des tendons, des articulations ou des viscères). Plus l’enfant a d’expériences sensorielles et plus celles-ci modifient et affinent la représentation qu’il a de son corps au fil du temps. Cette représentation du corps n’est donc pas figée. Elle évolue tout au long de la vie en fonction des changements que subit notre corps, comme lorsqu’il change à la puberté, mais aussi à l’âge adulte lorsque nous nous blessons ou manipulons un nouvel outil. En résumé, le cerveau met à jour la représentation de notre corps tout au long de notre vie. 

Avoir une bonne représentation de notre corps nous permet de nous mouvoir dans l’espace avec agilité : garder l’équilibre, marcher, danser, écrire, dessiner, prononcer correctement les mots, jouer d’un instrument de musique, etc. Elle nous sert aussi à interagir avec les autres en tenant compte de notre environnement : par exemple lors de la pratique d’ un sport collectif ou lorsqu’on doit donner un objet à quelqu’un. Mais des études récentes ont montré que la représentation du corps est également liée aux compétences scolaires, notamment linguistiques  et mathématiques.  L’article de Cortex-Mag nous détaille ces études, qui rejoignent les idées développées par Lucy Vincent et qui montrent que l’apprentissage du vocabulaire, comme des mathématiques, s’ancre au départ dans les expériences sensorielles et motrices de notre corps.

Les chercheuses ont donc supposé qu’en entrainant les enfants dès la maternelle, il était possible d’améliorer leur représentation de leur corps. C’est ainsi que le programme EnCor a vu le jour : « programme d’entrainement de la représentation du corps pour les enfants de 4 à 6 ans ». D’après les chercheuses, les premiers résultats en sont très encourageants. Comme elles l’avaient supposé, les enfants qui ont suivi le programme ont montré une amélioration de leur représentation corporelle et de leur motricité par rapport à ceux qui ont reçu un enseignement classique. Par ailleurs, ils ont aussi amélioré leurs compétences en mathématiques, néanmoins les chercheuses n’ont pas constaté la même amélioration au niveau des performances syntaxiques.

Alice Gomez se demande maintenant si le programme EnCor pourrait être utilisé auprès des enfants dyspraxiques qui ont des difficultés à coordonner leurs gestes, ainsi qu’en mathématiques.

Sensoridys constate avec plaisir que le courant de la cognition incarnée gagne du terrain en France s’agissant de la prise en charge des troubles dits neurodéveloppementaux et espère que la sensorialité de ces enfants, et notamment leur proprioception, sera enfin prise en considération.

Peut-être un jour les chercheurs s’intéresseront-ils au savoir profanes des familles d’enfants dysproprioceptifs ? Nous le souhaitons !

Lire l’intégralité de cet article, avec les détails du programme de recherche en cours :


Lire aussi sur ce site :

Proprioception et schéma corporel


Crédit : Image par Petra de Pixabay fille gym et Image par David Wagner de Pixabay

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