Nous avons 7 sens, et les 5 plus connus sont les moins importants

Il y a quelques temps, j’ai eu grand plaisir à partager sur ce blog un entretien de la neurobiologiste Lucy Vincent, qui nous invitait à une révolution scientifique et culturelle, nous expliquant que pour développer nos capacités cérébrales, nous devons cultiver nos sens, et ce, à tout âge de la vie. Avant de vous souhaiter de bonnes vacances et d’en profiter pour expérimenter, goûter le monde avec tous vos sens et créer ainsi de nouvelles connexions neuronales en activant des boucles de perception-action, je souhaite partager avec vous cette autre interview passionnante de la neuroscientifique espagnole Nazareth Castellanos, chercheure au Nirakara-Lab, une chaire extraordinaire de l’université Complutense de Madrid. Cette chercheuse travaille aussi dans le courant de la cognition incarnée et, une nouvelle fois, je ne peux que regretter qu’il faille aller sur des médias étrangers, ici africain, pour découvrir des interviews de chercheurs de ce courant des neurosciences (vive Internet !). En France, nous avons toujours droit aux sempiternels interviews des mêmes chercheurs cognitivistes, dont certains se pensent visiblement experts en presque tout (mais, est-ce vraiment possible en sciences ?).

Bref, cette interview de Nazareth Castellanos est donc très rafraîchissante, très en phase avec l’esprit de Sensoridys. Elle explique que notre cerveau interagit avec le reste du corps de bien plus de façons qu’on ne le pensait auparavant et que nous n’avons pas seulement cinq sens, nous en avons sept. Et les cinq sens les plus connus, le goût, l’odorat, etc., « sont les moins importants pour le cerveau » . D’après elle, depuis cinq ans environ, les neurosciences affirment qu’il faut élargir ce champ d’action. Nous n’avons pas seulement cinq sens, nous en avons sept. Et il s’avère que les cinq sens de l’extéroception – l’ouïe, etc. – sont les moins importants. Pour elle, le premier sens le plus important est l’interoception, l’information qui parvient au cerveau sur ce qui se passe à l’intérieur de nos organes. Et la deuxième priorité pour celui-ci est la proprioception, c’est-à-dire les informations qui parviennent au cerveau sur la façon dont notre corps est à l’extérieur, la posture, les gestes et les sensations que nous avons dans tout notre corps.

Nazareth Castellanos explique à BBC Mundo comment notre posture et nos expressions faciales influencent le cerveau. Elle nous explique que notre cerveau attache une importance considérable à ce qui se passe sur notre visage, car il dédie un grand nombre de neurones au visage. Etant toujours à la recherche de ce que l’on appelle la congruence corps-esprit, il peut générer quelque chose appelé migration d’humeur si nous nous adoptons un visage détendu alors que nous sommes tristes ou stressés.

Elle parle aussi d’une étude récente qui a montré que le cerveau possède une zone exclusivement dédiée à la vision de la posture de notre corps, or la manière dont nous nous tenons influence celui-ci. Il existe des postures corporelles que le cerveau associe à un état émotionnel, par exemple le fait d’être avachi est quelque chose qui va avec le fait d’être triste : lorsque le corps a une posture voûtée, caractéristique de la tristesse, le cerveau commence à activer des mécanismes neuronaux caractéristiques de la tristesse.

Or, de nos jours, avec les téléphones portables ou les ordinateurs, nous sommes souvent avachis. La science nous apprend donc que tout au long de la journée, nous devons être plus conscient de notre propre corps et corriger les mauvaises tendances que nous avons acquises. Nazareth Castellano nous invite à observer et écouter davantage notre corps pour mieux gérer nos émotions et apprendre à nous connaître. Enfin, le fait d’être avachi nous fait mal respirer. En guise de conclusion, je vais reproduire ici un extrait de son interview concernant la respiration, car il fait évidemment écho aux exercices respiratoires de la prise en charge proprioceptive :

La respiration est un allié que nous avons entièrement entre nos mains, mais nous ne savons pas comment respirer. La posture et la respiration sont intimement liées. Si vous prenez soin de votre posture, vous prenez soin de votre respiration. Ce qui a été observé dans la neuroanatomie de la respiration, c’est que celle-ci influence la mémoire, l’attention et la gestion des émotions. Mais attention, si elle est nasale, si l’inspiration se fait par le nez. Si nous inspirons par la bouche, et une grande partie de la population respire par la bouche, nous n’avons pas autant de capacité à activer le cerveau. Le cerveau a besoin d’être réglé sur des rythmes et la respiration est l’un des pacemakers dont dispose notre cerveau pour que les neurones génèrent leurs rythmes, leurs décharges électriques. Si nous respirons par la bouche, c’est un pacemaker atténué. Il faut que l’inspiration passe par le nez.

Pour Nazareth Castellanos, notre corps est l’instrument avec lequel notre vie sonne, mais c’est un instrument dont nous ne savons pas jouer. Nous devons d’abord apprendre à le connaître, puis à le jouer.

Je vous invite à découvrir cet article passionnant de Alejandra Martins, sur BBS News Afrique, dans son intégralité :

Neuroscience : « Nous avons 7 sens, et les 5 plus connus sont les moins importants »


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