Dyspraxie, Proprioception et Sommeil

Ceux qui me suivent depuis longtemps – avant même l’existence de ce site, sur mon précédent blog où j’ai commencé à informer au sujet de la proprioception à partir de 2016- savent à quel point je me désespérais du retard de la recherche française s’agissant du lien, pour moi déjà évident, entre proprioception et dyspraxie, ou TDC (comme ici, ou ici, ou ).

Il semblerait que ce temps soit révolu. En effet, Dyspraxie France Dys a mis en ligne les vidéos de son colloque 2023 à Lyon, qui semble annoncer une ère nouvelle. Cet événement de portée nationale et locale organisé par DFD a abordé les différents travaux de recherche en cours, en mettant en avant les équipes lyonnaises.

Et la surprise est de taille, car les orateurs nous ont emmenés au cœur de la cognition incarnée, de la sensorimotricité et de la proprioception.

-J’ai d’abord écouté le Dr Elie Khoury qui, dans les hypothèses explicatives de la dyspraxie, a évoqué des déficits perceptifs : visiospatial, proprioceptif, multisensoriel, un couplage perception-action déficitaire, des déficits des modèles internes qui impactent le contrôle prédictif du geste, des difficultés d’apprentissage procédural, etc. Autant de domaines touchant à la proprioception.

-La surprise suivante est venue d’Alice Gomez et de sa conférence « Comprendre les difficultés de représentation du corps des enfants dyspraxiques … ». Elle a en effet parlé proprioception, intégration sensorielle, représentations internes du corps, cortex moteur et somesthésique. Bref, tout ce que Sensoridys vulgarise sur son site depuis cinq ans, se désespérant que la recherche française ne s’intéresse qu’au cerveau et pas au corps et à la proprioception de ces enfants dyspraxiques. Dans cette présentation, Alice Gomez est partie du constat fait par l’INSERM dans son expertise collective, qu’il y a assez peu de recherches en France qui ont ciblé les représentations du corps chez le dyspraxique. Alors que ces représentations du corps en général sont le socle pour les apprentissages scolaires et qu’elles impactent la construction des bases pédagogiques d’autres domaine que le sport, dont les mathématiques. Elle a présenté son programme Encor qui vise à stimuler la représentation du corps par la sollicitation sensorimotrice et la dénomination. Elle espère grâce à celui-ci réduire la prévalence de 2 à 8% de dyspraxique.

-Enfin, le bouquet final de ce colloque est venu de Marion Naffrechoux et sa présentation « Proprioception et perception tactile dans le TDC« . Je me suis régalée en l’écoutant et souhaite vous partager la synthèse des résultats de ses expérimentations :

Je vous invite à découvrir cette conférence passionnante :

-Cerise sur le gâteau, DFD a aussi mis en ligne une conférence de Stéphanie Mazza : « Sommeil, vigilance et fatigue au cours du TDC », qui rejoint les travaux actuels de l’U1093 INSERM CAPS sur le lien entre proprioception, troubles respiratoires du sommeil et apprentissages. Celle-ci explique que des études en polysomnographies ont montré une réduction du temps de sommeil chez les enfants dyspraxiques et notamment du temps de sommeil paradoxal. Or cette réduction du temps de sommeil paradoxal est corrélé à leurs performances motrices (ce qui au final n’est pas surprenant puisque les mouvements s’automatisent durant cette phase de sommeil paradoxal, via la mémoire procédurale).

Sensoridys espère que les jeunes chercheurs travaillant autour de ces nouveaux axes de recherche dans la dyspraxie accepteront d’échanger avec les chercheurs de l’INSERM CAPS travaillant depuis presque 20 ans sur le lien entre proprioception et troubles des apprentissages. Une ère semble se terminer, celle de la cognition incarnée semble débuter. L’heure du dialogue entre chercheurs est peut-être venue, Sensoridys espère beaucoup de ce changement de cap.

A suivre !

Crédit : Image bébé par Sally Wynn de Pixabay

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