Dyslexie, dysfonction proprioceptive et troubles du sommeil : un lien étonnant et peut-être … détonnant !

Contexte

Aujourd’hui la dyslexie, trouble de l’apprentissage de la lecture survenant en dépit d’une intelligence normale, de l’absence de troubles sensoriels ou neurologiques, d’une instruction scolaire adéquate, et d’opportunités socioculturelles suffisantes, est considérée comme un problème neuro développemental. Cette hypothèse cérébrale, fondée avant tout sur la présence d’un fonctionnement particulier de certaines parties du cerveau lors d’examens en IRM fonctionnelle, n’a que très peu de conséquences thérapeutiques. Elle propose un mécanisme mais pas une réelle cause.

D’autres conceptions existent, mettant notamment en cause le fonctionnement sensoriel des enfants dyslexiques. De nombreuses études, la plupart controversées, ont en effet montré que les dyslexiques ont des troubles auditifs et visuels variés. Nous avons été les premiers à démontrer que tous les dyslexiques présentent aussi des troubles d’intégration des informations proprioceptives, ces troubles étant corrélés aux difficultés phonologiques c’est à dire aux difficultés à faire correspondre des phonèmes et des graphèmes, un des mécanismes de base de l’apprentissage de la lecture.

Si de nombreuses études confirment la présence de troubles attentionnels chez les enfants « dys », le diagnostic différentiel entre de véritables Troubles et Déficits de l’Attention (avec ou sans Hyperactivité) et des problèmes de sommeil échappe au bilan neuropsychologique. Ce dernier ne comporte en effet aucun item d’étude du sommeil.

Objectifs du protocole de recherche 

Afin de mieux comprendre le lien pouvant exister entre dysfonction proprioceptive et dyslexie, une enquête a été récemment réalisée chez 103 dyslexiques comparés à un groupe de 110 normo lecteurs. Basée sur des observations cliniques étendues sur près de 20 ans chez plus de 12000 jeunes dyslexiques, elle a montré qu’une mauvaise qualité du sommeil était l’un des signes cliniques les plus fréquemment rencontrés dans cette population d’enfants. Elle a aussi révélé un taux anormalement élevé de parents équipés la nuit avec un appareil respiratoire de pression positive pour des apnées alors même qu’ils ont moins de 45 ans. Par ailleurs l’examen clinique de fratries dans laquelle se trouve un ou plusieurs enfants dyslexiques retrouve constamment des troubles proprioceptifs chez tous les enfants mais ce sont ceux qui ont des troubles du sommeil depuis la petite enfance qui présentent le plus souvent des troubles d’apprentissages de type dyslexie ou dyspraxie.

Ces faits nous ont amenés à émettre une quintuple hypothèse justifiant une étude entre sommeil, dyslexie et dysfonction proprioceptive :

  • Les troubles attentionnels très fréquemment associés à la dyslexie seraient en fait le témoin d’un mauvais sommeil et non pas dus à une dysfonction cérébrale spécifique,
  • Le défaut d’automatisation cognitive qui caractérise la lecture des dyslexiques serait lié à des perturbations du sommeil, concernant notamment la phase de sommeil paradoxal qui joue un rôle essentiel dans la plasticité cérébrale et la mémoire procédurale,
  • Les troubles du sommeil pourraient participer à la genèse du « cerveau singulier » des dyslexiques au moment de la migration neuronale qui caractérise la petite enfance et a lieu surtout pendant le sommeil,
  • La présence d’une respiration paradoxale due à une dysfonction proprioceptive et posturale serait à l’origine des troubles du sommeil dont l’aspect, plutôt que de véritables apnées, correspondrait à ce qui est décrit par les spécialistes du sommeil comme un Syndrome d’Augmentation de la Résistance des Voies Aériennes Supérieures (SARVAS). La caractéristique centrale du SARVAS est le fait que les difficultés respiratoires ne provoquent pas de modification du taux d’oxygène dans le sang mais font apparaitre des micro réveils cérébraux bien visibles à l’électroencéphalogramme. Lorsque ces micro réveils sont suffisamment longs ils engendrent des mouvements de l’enfant qui sont mesurables,
  • La genèse du SARVAS ferait donc intervenir avant tout une dysfonction diaphragmatique d’origine proprioceptive entrainant une mauvaise synchronisation entre la ventilation abdominale et la fonction des muscles dilatateurs du pharynx.

Méthode

Pour évaluer le sommeil, on utilise communément une méthode nommée polygraphie qui a lieu à domicile avec un appareillage simple. Seules les véritables apnées avec blocage ventilatoire complet sont alors mises en évidence. Il est donc très facile de passer à côté d’un trouble du sommeil de type SARVAS. De plus ce n’est que lorsque la polygraphie est anormale que l’on a aisément la possibilité de faire pratiquer (limitation en raison du coût et des contraintes techniques et d’accès) une polysomnographie qui se fait au cours d’une hospitalisation d’une nuit avec un matériel contraignant, notamment pour un enfant, en plus d’être difficile d’accès et couteux. En clair, le diagnostic de SARVAS est actuellement très compliqué et ce trouble respiratoire passe le plus souvent inaperçu.

Notre étude propose de surmonter l’obstacle de l’accès à la polysomnographie grâce à l’utilisation d’une montre dite « actimétrique » (MotionWatch 8) qui mesure le temps de sommeil et les réveils durant la nuit en plus de l’agitation motrice. Une étude récente a montré qu’il existe une corrélation entre l’actimétrie nocturne et certaines constantes mises en évidence par la polysomnographie.

On s’attend à observer une actimétrie perturbée chez les enfants dyslexiques par rapport aux autres enfants.

Notre étude a donc pour but :

  •  D’évaluer l’intérêt d’un enregistrement actimétrique dans les cas de dyslexie avec troubles attentionnels,
  • De mesurer l’impact du traitement proprioceptif sur la qualité du sommeil des enfants dyslexiques.

Couplée à des mesures réalisées avant et après des modifications proprioceptives habituellement proposées, l’étude de l’actimétrie avant et après traitement permettra aussi de savoir s’il existe une corrélation entre agitation nocturne, troubles attentionnels, dysfonction proprioceptive et évolution des capacités de lecture.

S’il est certain que l’actimétrie ne donnera pas les informations générées par un véritable enregistrement du sommeil, elle pourrait devenir un moyen clinique simple, rapide, facilement accessible et peu couteux permettant l’évaluation du sommeil des enfants ayant un trouble des apprentissages.

Notre étude, pilotée par le laboratoire Cognition, Action et Plasticité Sensorimotrice de l’Université de Bourgogne (INSERM U1093) a été validée par le Comité d’Ethique. Elle est financée conjointement par des fonds publics et privés, l’association AF3dys et l’association Sensoridys. Elle a débuté en janvier 2022.

Kalvin Chavet

Crédits : Photo by Brett Durfee on Unsplash


A voir sur le même sujet, la visioconférence du Dr Quercia « Dys le jour, Agité la nuit ! » :


Visitez notre autre site, plus spécifiquement consacré aux adaptations pédagogiques pour les dys : SDP-Troublesneurovisuels-Dys

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