Le Rapport de l’INSERM, le Professeur et le Guet-apens

Il y a bientôt 10 ans, l’INSERM publiait son rapport sur l’ efficacité du traitement proprioceptif de la dyslexie, rapport inénarrable dont j’ai fait une critique sur ce site. Ce rapport était co-écrit par le Pr Bruno Falissard, qui a aussi donné son opinion négative sur cette prise en charge dans le magazine Zèbres & cie l’année dernière (sans qu’il ne soit précisé qu’il le faisait tout en étant co-auteur d’une étude évaluant l’application dite « médicale » Poppins , développée dans le cadre de la dyslexie).

Ce pédopsychiatre, professeur de biostatistiques à l’université Paris-Saclay, n’est pas un expert de la fonction sensorimotrice et nous trouvions surprenant qu’il ait été choisi pour évaluer la prise en charge proprioceptive de la dyslexie (donc, sans rien connaître de ce domaine de recherche). Si ce rapport s’était montré rassurant quant à la sécurité de cette prise en charge, il ne pouvait conclure à son efficacité faute de travaux encore suffisants. Rien d’étonnant à cela, la prise en charge proprioceptive de la dyslexie, en cours d’évaluation scientifique au sein même de l’INSERM (et aussi du CNRS aujourd’hui), est encore jeune et il faut laisser à la recherche le temps de faire son travail. Malheureusement, si l’absence de preuve n’est pas une preuve de l’absence d’effet, beaucoup de personne interprètent ce rapport comme démontrant une absence d’efficacité de la prise en charge proprioceptive de la dyslexie (Etait-ce l’objectif de ceux qui ont demandé ce rapport ? Etait-ce un « guet-apens » ? On peut légitimement se poser la question !).

Mais, ce qui est très intéressant, c’est de voir quel est aujourd’hui l’avis du Pr Falissard sur ce type d’expertise. En effet, dans la vidéo ci-dessous, il déclare en substance (entre 1’47 et 4′ 27) :

« Il se trouve que je faisais partie du groupe qui a participé à l’écriture du rapport INSERM sur les psychothérapies (2004). J’ai bien vu comment cela s’était passé et c’était un guet-apens. L’INSERM convoque un groupe d’experts, des méthodologistes dont je faisais partie, et les règles sont imposées : le rapport ne doit porter que sur la littérature internationale à comité de lecture. A l’époque, très peu de travaux dans la littérature internationale évaluent les approches psychanalytiques. Comme il y avait le sophisme « ce qui n’est pas évalué n’est pas efficace », la conclusion c’était : comme ce n’est pas évalué, ce n’est pas efficace« .

On peut remarquer que lorsqu’il s’agit de psychanalyse, que défend le Pr Falissard, l’écriture du rapport INSERM devient un guet-apens. N’en est-il pas de même pour la prise en charge proprioceptive, qui est encore très jeune et pour laquelle il n’y a donc pas encore beaucoup de travaux publiés dans la littérature internationale ?

Aujourd’hui, le Pr Falissard est au cœur d’une polémique et de critiques portées par le magazine l’Express pour ses positions ambiguës concernant la psychanalyse : Psychanalyse, autisme et pseudothérapies : enquête sur les ambiguïtés de l’influent Pr Bruno Falissard. De chasseur, il est devenu gibier, il doit trouver cela beaucoup moins confortable. La roue tourne !

Ce rapport de l’INSERM a maintenant 10 ans, il mélangeait un peu tout et était déjà mauvais à l’origine, ignorant complètement l’avis des familles ; il ne s’est pas amélioré avec le temps. Nous patients et familles regrettons que l’INSERM mette autant de moyens pour démolir une de ses voies de recherche, plutôt que les utiliser pour donner plus de moyens à ses chercheurs et leur permettre d’avancer plus vite.

Néanmoins, c’est ce rapport de l’INSERM qui nous avait motivés à créer Sensoridys pour soutenir cette prise en charge, on peut donc dire ce fut un mal pour un bien. Le Guet-apens s’est transformé en opportunité, en mobilisant les familles ! (Nda : Comme le disait si finement Chabert dans le film les choristes, c’est le principe de « l’action/réaction »)

Edit du 27/02/2026 : Il y a deux jours, le Pr Falissard a publié dans le journal Libération une réponse à l’article de l’Express, intitulée : « En pédopsychiatrie, soignants et soignés ne doivent pas être chosifiés ». On notera avec intérêt la position qu’il adopte aujoud’hui vis à vis de ce qui est appelé la démarche scientifique :

Par l’invention d’un nouveau catéchisme sanitaire : hors de la science point de salut ; il faut que tout soit « prouvé ». Pour être légitime, tout ce qui participe à un acte thérapeutique doit être étayé par une étude scientifique. Bien entendu, c’est ridicule. […] L’obsession de la preuve est alors à son comble, quitte à tomber dans un scientisme qui dévoie les principes même de la science que sont l’humilité et la critique collective. Oui la preuve scientifique est indispensable pour créer des points d’ancrage solides sur lesquels la pratique médicale peut s’appuyer avec sécurité, mais pas plus, et sûrement pas pour imposer ce qui doit être fait ou pas dans le huis clos d’un cabinet. Et ce, parce que le contexte du soin échappe encore en grande partie à la démarche scientifique. Le dénier, c’est tout simplement ne pas comprendre ce qu’est la médecine. Le dénier et imposer la preuve comme ultime élément de langage, c’est verser dans une nouvelle inquisition sanitaire.

De toute évidence, quand un inquisiteur devient victime de l’inquisition, il évolue dans sa manière d’appréhender le monde (ici, la démarche scientifique). Bien évidemment, nous ne pouvons qu’être d’accord avec ce point de vue, et aimerions qu’il s’applique aussi à la prise en charge proprioceptive.

We have a dream !


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Image par Steve Bidmead de Pixabay

2 réflexions sur “Le Rapport de l’INSERM, le Professeur et le Guet-apens

  1. Avatar de Gilles Marchal Gilles Marchal

    Bonsoir Corinne,

    Bravo pour cette démonstration implacable !

    Merci, j’ai bien réceptionné les carnets de la recherche et les flyers que je mettrai à disposition aux Assises d’Orthoptie de St Malo (dommage mon stand va être très restreint avec une seule table mais c’est mieux que rien).

    Bon courage Gilles

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