La dyslexie, un trouble mal compris

Arte nous a proposé ce week-end un documentaire sur la dyslexie. Dans ce documentaire, Daniela Schmidt-Langels accompagne des personnes dyslexiques de tous âges, qui évoquent leurs difficultés du quotidien. Du fait de ce handicap, Pauline, une lycéenne de 16 ans, a subi harcèlement scolaire et dépression. L’homme d’État Bodo Ramelow, élu ministre-président de Thuringe après un parcours atypique, a dû mettre en place, dans sa vie professionnelle, des stratégies alternatives pour compenser sa dyslexie, notamment en surinvestissant ses remarquables capacités de mémorisation. Le graphiste britannique Daniel Britton, diagnostiqué sur le tard, a quant à lui mis au point une police de caractères particulièrement ardue à déchiffrer, offrant au grand public une représentation concrète de ce handicap invisible.

Schmidt-Langels accompagne aussi des professionnels de santé et des chercheurs. Nous y découvrons avec intérêt plusieurs pistes de la recherche allemande, dont une qui s’intéresse au thalamus, structure sous corticale qui collecte les informations sensorielles et les redistribue aux différentes aires de notre cortex.

S’agissant de la recherche française, nous restons sur notre faim, celle-ci n’étant représentée que par un chercheur qui déclare à la fin du documentaire qu’ « il ne croit pas aux percées fondamentales » de la recherche dans la dyslexie, ne croit pas aux « remèdes miracles » (Rien que cette utilisation du terme « remède miracle » en dit long sur lui, la médecine n’est jamais un miracle, même si elle peut sembler en réaliser). Sensoridys s’interroge sur le choix d’Arte de ne donner la parole qu’à ce chercheur français si peu convaincu par les percées fondamentales de la recherche, nous pensons qu’il aurait été judicieux de donner aussi la parole à des chercheurs qui croient en l’innovation médicale et scientifique ! En effet, toute l’histoire de la science et de la médecine nous montre que le but de la recherche est justement de repousser les frontières du possible. Aujourd’hui, le chercheur Grégoire Courtine aide des paraplégiques à remarcher, en réactivant leur système nerveux. Ce qui était impossible hier ne l’est plus aujourd’hui, et ce n’est pas un miracle, mais bien de la médecine. Pourquoi les choses seraient-elles différentes s’agissant de la dyslexie ?

Par ailleurs, ce chercheur français nous explique tranquillement que l’origine de la dyslexie c’est un déficit phonologique. Pourtant, le ministre allemand dyslexique qui témoigne de ses difficultés, nous déclare qu’un de ses plus grands regrets est de ne pouvoir danser, de ne pouvoir coordonner son pied gauche et son pied droit. Quant à la journaliste d’Arte, elle fait le constat que les dyslexiques ont des difficultés à différencier leur droite et leur gauche, ont souvent des problèmes d’ambidextrie, de coordination et d’équilibre. Alors, quel rapport avec un déficit phonologique ?

Il est vraiment dommage qu’Arte ne se soit pas intéressée aux travaux prometteurs des chercheurs qui explorent le lien entre sensorimotricité et dyslexie.

Sensoridys vous recommande donc de visionner ce documentaire pour la qualité des témoignages des dyslexiques présents et de leur famille. En effet, il peut permettre une meilleure reconnaissance de la dyslexie, afin qu’elle soit mieux acceptée et mieux comprise par l’institution scolaire, le corps médical et la société. Malheureusement, l’image de la recherche française que ce documentaire véhicule n’est pas du tout à la hauteur des découvertes de certains chercheurs de notre pays concernant la dyslexie, dont certaines sont des premières mondiales, et c’est bien dommage !

Edit du 27/09/23

J’ai décidé d’envoyer à Arte le mail suivant : Courrier Arte

Réponse standard reçue ce même jour :

Il ne reste plus qu’à espérer que mon message éveille l’intérêt de la rédaction ! L’attente des familles est grande, comme en témoigne la réaction de cette adhérente :

3 réflexions sur “La dyslexie, un trouble mal compris

  1. Avatar de VIG VIG

    La video a malheureusement été retirée. C’est un grand dommage car elle y présentait effectivement des témoignages remarquables. De plus, la présentation de l’outil pédagogique développé par un ingénieur dys était un apport considérable pour faire comprendre aux non dys la monstruosité du travail qu’on demande aux enfants dys l’école. A l’heure où on prône un retour au redoublement, c’est une catastrophe pour ces enfants. Le dépistage des troubles dys devrait être systématique à l’école afin de pouvoir dispenser un enseignement pertinent. Je suis persuadée que la plus grande partie des enfants visés par « les nécessités du redoublement » sont des dys à qui on n’a pas pris la peine d’enseigner correctement ou à qui on n’a pas donné les moyens de faire un rendu de leurs connaissances. L’école évalue nos enfants sur leurs capacités à lire un écrit et en restituer un autre, pertinent, dans un temps donné. C’est comme dire à un enfant bègue : tu as 3mn pour réciter ce poème…

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  2. Ping : Bye, bye l’hypothèse phonologique ! – SensoriDys

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